Quand l’Union Européenne finance la défense et l’armement
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Attraper un clandestin grâce à un système ultra performant : c’est ce que souhaite développer TALOS, un projet polonais soutenu financièrement par la politique de recherche de l’Union Européenne. Une politique qui soutient les intérêts privés de grandes multinationales agissant les secteurs de la défense, la surveillance ou l’armement.

Un radar, une salle de contrôle, des véhicules commandés à distance. Pour un objectif : attraper un migrant qui s’apprête à franchir la frontière. Le tout avec une petite musique rock. De quoi vous donner quelques frissons.
Cette vidéo présente le petit bijou de TALOS. TALOS pour « Transportable autonomous patrol for land border surveillance », un projet polonais pour développer un système de surveillance des frontières. Depuis 2007, TALOS a reçu 12,9 millions d’euros de la part des programmes d’aides au financement de la recherche de l’Union Européenne. 12,9 millions d’euros pour attraper les clandestins.
Au total, d’après Corporate Europe Observatory, un organisme de recherche sur le lobbying réalisé auprès de l’Union Européenne, 2,83 milliards d’euros du FP7 (le programme Cadre de l’UE qui finance la recherche) sont destinés à des entreprises de défense et de sécurité. Dont beaucoup développent des programmes de surveillance ou pseudo-militaires, alors même que le financement de la recherche sur l’armement est interdit par l’Union Européenne.
Des drones sur Gaza
148,55 millions d’euros depuis 2007 : c’est la somme reçue par AIE grâce à sa participation dans plusieurs programmes de financement de l’Union Européenne. L’AIE, c’est l’Israël Aerospace Industries (AIE), qui a développé des drones, dont certains ont été utilisés pour des assassinats en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza.
Quant à Elbit Systems, une autre entreprise israélienne, elle a reçu 27 millions d’euros des fonds de recherches de l’Union Européenne. Parmi ses projets figure le développement d’un système de surveillance qui sera testé pendant les Jeux Olympiques de 2012. Elbit a entre autres été critiquée pour avoir aidé Israël à consolider son contrôle sur les territoires occupés en fournissant des technologies de surveillance utilisées sur le mur qui entoure la Cisjordanie. Un mur que l’UE considère comme illégal.
Juste après les entreprises françaises, allemandes et anglaises, les entreprises israéliennes reçoivent ainsi de nombreuses subventions des programmes européens, au même titre que les pays de l’Union Européenne.
Des profits énormes, des impôts dérisoires...et des financements publics
Autre absurdité pointée par le rapport de CEO : le géant de l’acier, ArcelorMittal a reçu 14 millions d’euros de la part de la FP7, pour cinq projets différents. Une aide financière alors qu’une des filiales belges de la multinationale de l’acier a par exemple réalisé 1,3 milliards d’euros de profits en 2009 et qu’elle n’a payé que 496 euros d’impôts. Mieux, en 2010, avec 1,4 milliards d’euros de profits, ArcelorMittal n’a payé aucun impôt.
Les exemples se succèdent, précis, accablants. Ainsi, alors que la plupart du budget alloué à la recherche par l’UE (au total, entre 2007 et 2013, 50,5 milliards d’euros) va aux universités et aux instituts de recherche, entre un quart et un tiers est destiné au secteur des entreprises privées.
D’où la question posée par le CEO : est-ce que l’Union Européenne doit aider à financer des activités qui seraient de toutes façons développées par ces entreprises (avec leur propre budget de recherche), spécialement si ces activités servent les intérêts privés d’entreprises plutôt que le bien commun ?
Le prétexte invoqué par l’UE est la compétitivité. Compétitivité des entreprises, compétitivité de notre territoire, pour faire face à la crise économique, et transformer ainsi la connaissance en la production de technologies qui irrigueront le marché. Financer la création de technologies de la surveillance, de la défense, de l’armement, développés par des multinationales, plutôt que soutenir des petites actions venues de la base qui répondent réellement aux défis environnementaux et sociaux.
Au moment même où l’UE discute de sa future politique de financement de la recherche [1], CEO s’interroge : n’est-il pas temps que l’UE soutienne la recherche qui contribuera à vivre sur un territoire respectueux de l’environnement, de la santé et de la paix ?
Notes
[1] "Competitive Industries", le troisième pilier d’Horizon 2020, le programme cadre présenté par la Commission européenne début décembre, prévoit expressément que ce soit l’industrie elle-même qui en définisse les objectifs de recherches (+ de 20 milliards d’euros, soit 20% des fonds prévus puisque le budget prévisionnel total est de 80 milliards pour la période 2014-2020




