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Comme un poisson hors de l’eau

par Simon | Catégorie : Ecologie | consulté 259 fois | 3 commentaire(s)

Depuis plusieurs semaines, je prépare une enquête sur les ondes électromagnétiques. Dans mes recherches, j’ai croisé le chemin d’Anne, par l’intermédiaire de sa fille, car Anne vit dans une grotte, dans le Sud-Est de la France. Elle est électro-hypersensible : elle ne supporte plus tout contact avec les ondes électro-magnétiques ou les courants électriques. "Comme un poisson hors de l’eau". Voici son témoignage.


1 -La Dégringolade :

Je m’appelle Anne, j’ai 55ans, je suis mère de 2 filles : Laure, 25ans, et Elisa, 18 ans. J’habitais Nice, j’étais agent de service en résidence universitaire. Je bascule dans l’électro-hypersensibilité sur mon lieu de travail le 5 janvier 2009, 6 mois après l’installation de bornes Wifi pour la connexion Internet. Durant les 15 jours qui suivent , mes symptômes se multiplient, s’amplifient de jour en jour et ce n’est plus supportable, je quitte mon travail. Ensuite, 2 jours après, je quitte mon appartement et confie ma fille Elisa, 16 ans à l’époque, à son père. Je suis en état de malaise, je dois partir. Dans mon quartier 7 antennes relais sont installées depuis quelques années dont 3 en face de chez moi à 60 -80m. Le père de ma fille Laure m’invite à séjourner dans son appartement au 7ème étage d’un immeuble à St Laurent du Var ( milieu urbain:1ère antenne relais à 300m, Wifi partout, Dect, concentration de portables). Je sens tout, et passe une nuit très difficile. Je me retrouve tout naturellement comme un animal à rechercher des lieux où je me sens mieux : la cave puis la voiture garée sur un parking avec pour protections des couvertures de survies plaquées sur les vitres. J’y passe les journées et les nuits pendant presque 2 mois et je manque d’être agressée.

2-Le voyage à Paris :

Pour être reconnue et diagnostiquée en tant qu’EHS (étude nationale du Pr Belpomme) et dans l’espoir naïf d’être un peu soignée. J’en reviens beaucoup plus malade. Le 30 mars 2009, ma fille me transporte à Paris pour une consultation avec le Dr Milbert (collaboratrice du Pr Belpomme) qui s’intéresse depuis plusieurs années à l’ électrosensibilité et qui tente d’aider les malades. J’ai retenu d’elle ces paroles : « Vous êtes comme un poisson hors de l’eau. Il vous faut une zone blanche ». Le voyage est douloureux même avec des protections . Chaque coup dans la tête c’est le passage devant une antenne sur l’autoroute, sans compter le brouillard électro-magnétique dense de Paris. Il y a l’avant et l’après Paris ; depuis ce voyage je suis extrêmement sensible aux ondes d’antennes relais . Je ne peux dormir et si possible vivre que dans des lieux où il n’existe aucun réseaux de téléphonie mobile, d’aucun opérateur où pas même l’appel d’urgence ne s’affiche sur l’écran des téléphones portables. Au retour de Paris, étape à Dijon où j’ai cette opportunité d’essayer une grotte :boyau sous terre. Et là, mes symptômes tombent à l’époque assez rapidement , au bout de quelques heures. Ce n’est plus le cas à présent. La pression dans la tête, la rigidité du crâne , les douleurs intracrâniennes, les sensations de brûlure et les rougeurs au niveau de la peau, excitabilité de toutes les terminaisons nerveuses ...se dissipent. Je ressens un grand soulagement dans ma tête, mon corps et tout mon organisme et une vraie détente des muscles et du système nerveux.

3-La grotte :

Ce n’est pas un choix esthétique, c’est un moyen de survie. C’est là que naît l’idée de chercher une grotte dans le quart sud-est de la France, pas un boyau sous terre mais une caverne refuge pour me soulager un temps. Elle existe, ma fille la découvre. Une vraie chance, elle se trouve dans les Hautes-Alpes sur un lieu de vie où doit se dérouler une rencontre de personnes électrohypersensibles, à laquelle on participe.

Août 2009, Je m’installe dans cette grotte ; cavité dans la falaise de 15à20m de profondeur. Là, je vis 2ans et passe 2 hivers avec des températures qui descendent jusqu’à -10,-15 à l’extérieur, ce qui donne - 3 à-1 au fond. Le fond de la grotte:c’est la seule zone blanche qui existe à notre connaissance, au moment où on la découvre. Espace sans ondes artificielles, espace précieux et rare, lieu qui répond à une urgence, qui m’évite l’errance et trop de souffrance, mais lieu provisoire sombre et humide. Plus tard, il faut trouver autre chose, ailleurs. Les personnes habitant sur le terrain d’accès à la grotte m’offre un véritable accueil. Grâce à elles, je peux habiter cette grotte. Les bâtisseurs l’aménagent avec des installations provisoires et démontables fabriquées avec des matériaux légers. En période de pluie, elle ruisselle et occasionnellement se remplit d’une nappe d’eau de 90cm de profondeur dans la partie la plus basse, heureusement pas au fond dans l’espace où nous dormons. Une pompe a été installée pour éviter que la nappe se reforme à nouveau. Dans la grotte, qui dit pluie, dit boue et nous savons patauger.

4-La vie à 3 :

Eté 2010, deux femmes ehs me rejoignent, G en Juin, Bernadette en Août. Nous sommes maintenant trois à y vivre. C’est un temps expérimental dans la relation à l’autre, dans le partage et l’organisation d’un espace devenu familier avec deux inconnues que j’apprends à connaître dans le quotidien et la promiscuité, et qui apportent leur différence. C’est riche en échange et en confrontations. C’est le moyen d’expérimenter sa capacité d’ouverture et ses propres limites. C’est l’occasion de vivre des moments chaleureux, drôles et cocasses parfois insolites, malgré l’humidité, le froid de l’hiver et la précarité de notre situation. Dans cette vie aux aspects rudes et inconfortables nous avons aussi de doux moments. Lorsque nous partageons des repas simples et savoureux mais savamment composés, dans la lumière douce de nos bougies, assises dans nos lits situés côte à côte, seuls endroits chauds, douillets et sans ondes, une cagette en carton sur les genoux en guise de plateau repas, moments vécus dans la détente et le contentement où on oublie un peu.

Décembre 2010 : Mon 2ème hiver est un peu difficile ; je souffre d’inflammation intestinale, j’ai perdu 14kg durant l’année. J’assimile mal ma nourriture, je m’affaiblis et j’ai des engelures aux pieds.

5-Le terrain d’accès est un lieu de vie :

Nous vivons aussi sur ce lieu, il n’est pas trop exposé aux ondes artificielles jusqu’en mars 2011. Malgré tout, pour supporter l’extérieur, j’use de stratégies ; comme de rester 12h dans ma grotte avant de sortir, adapter la durée de mes sorties suivant ma sensibilité du moment, trouver les endroits les moins exposés où je ne suis pas trop mal ce qui ne m’empêche pas quelquefois de rentrer dans la grotte en piteux état.

6-L’existence de lieu et de ses habitants (rendent possible le vie dans la grotte) :

Ce sont l’aménagement de la grotte, de multiples services rendus, du prêt de matériel. C’est la maison ouverte pour les commodité (douche, sanitaires...). Mais aussi des repas chauds partagés dans un endroit chaud avec le courant coupé, durant les périodes les plus froides de l’hiver.

C’est pour moi la découverte importante du Qi-Qong interne. Il y a aussi rencontres et échanges avec les gens qui passent sur le lieu ; c’est l’occasion de témoigner et d’informer. Les personnes du lieu nous accompagnent dans notre résistance et nous évitent la complète marginalisation. On a vécu l’histoire de la grotte ensemble.

7-Mars 2011, ça se gâte :

Printemps 2011 : j’ai pris 7 kg en modifiant mon alimentation, je suis une cure à base de protéines animales et de graisses saturées et reprends des forces. Mais mars 2011, notre état d’ehs se dégrade. A l’extérieur de la grotte, sur le lieu et dans le reste du hameau, l’espace s’est chargé en champs électromagnétiques ; 3 antennes satellites pour la connexion Internet sont installées , ainsi qu’un Dect et une Wifi. Je n’arrive plus à sortir de la grotte. Ces ondes pénètrent au centre de la tête et malmènent mon système nerveux ; ça chauffe dans la tête, ça brûle sur le visage. Mon activité à l’extérieur se réduit à des virées pour l’eau, la douche, les sanitaires et pour échanger quelques paroles avec les gens de la maison. Bernadette souffre aussi. Quant à G, elle quitte le lieu pendant la journée.

Eté 2011, G part en juin à la recherche d’un autre endroit. Bernadette est toujours dans la grotte mais réfléchit à des solutions. Moi, je séjourne dans un bel endroit des Hautes-Alpes sans pollution électromagnétique terrestre si ce n’est celle des portables de quelques randonneurs. Je suis installée par périodes dans un petit gîte ONF ouvert à la belle saison et goûte à une vie presque normale. A d’autres moment, le gîte étant occupé, je loge dans un camion. Ma fille Laure a découvert ce lieu, elle joue un rôle essentiel dans ma vie d’Ehs.

A présent, les deux questions importantes sont : Où vais-je passer mon 3ème hiver ? Et la zone blanche, c’est pour quand ?

Riou Froid, le 6/09/2011, Anne Cautain

(Crédits photo : J.P Guillot)


3 Messages de forum

  1. Morgane dit :

    C’est tout simplement incroyable. On ne mesure pas à quel point les nouvelles technologies peuvent nuire à la santé de certaines personnes... Ton article fait vraiment réfléchir Simon.
    La question que je me pose personnellement c’est existe-t-il encore ajd des zones blanches ? A l’heure de la 4G... Dans une société où tout le monde revendique le droit à l’accès rapide et illimité au net...

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  2. Simon répond :

    Merci Morgane. Tu as raison, les zones blanches sont de plus en plus rares, puisque l’Etat français lutte au contraire pour que chaque citoyen ait accès à la téléphonie mobile et Internet (seulement, d’autres solutions existent, comme la fibre optique, mais elles sont beaucoup plus coûteuses.

    Plus de zones blanches, pour ces gens là, c’est catastrophique (pour nous aussi, certainement, mais les effets des ondes ne sont aussi directement perceptibles).

    Je vais parler de tout cela dans mon article qui sortira dans quelques jours. C’est effrayant. Et cela appelle un débat de société, sur la rapidité, l’accès aux informations, partout, tout le temps...

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  3. Hâte de lire ton enquête alors !

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